En 1905,
José Bullón Lobato, grand-père de lactuel propriétaire, découvrit par hasard la
caverne alors quil recherchait du guano pour fertiliser ses terres. IL avait
remarqué une grande quantité de guano, là où se trouve aujourdhui lentrée
principale de la grotte. Non loin, il remarqua une ouverture, et après sêtre
attaché une corde autour de la taille, il descendit dune trentaine de mètres,
sengagea dans une galerie daccès difficile, fortement pentue. Traversant
différentes salles, il découvrit avec étonnement de nombreux débris de céramiques,
des traces de feu sur le sol, et sur les parois des traces de peintures.
Savançant toujours plus profond dans la grotte par des passages
plus ou moins étroits, il fut surpris de découvrir, à la lueur de sa lampe à
acétylène des salles qui lui parurent immenses, et encore plus étonné de voir
distinctement en de nombreux endroits sur les parois, des signes schématiques, doù
le nom de "cueva de los Letreros".
En ce début de siècle, lart de la Préhistoire est encore
inconnu du grand public, et les signes schématiques attribués au Maures.
Au printemps 1911, Willoughby Verner, Colonel en retraite de l
armée britannique, omithologue, publia à Londres un article sur la découverte de cette
grotte dans laquelle il sétait rendu à plusieurs reprises au cours des deux
années précédentes. Cet article éveilla lintérêt de lAbbé Breuil qui,
accompagné dHugo Obermaier, de Paul Wernert et de Juan Cabré Aguilo monta une
expédition en 1912. IL fallut près de deux mois de travail acharné pour réalíser
lidentification, la classification et la datation des peintures de la grotte,
monographie publiée en 1915 "la Pileta a Benaojan".
La présence dimportants dépôts de céramique et
dossements humains laissaient à penser que la grotte avait été fréquentée à
lépoque néolithique et quil devait y avoir un accès plus facilement
praticable que celui utilisé par le découvreur. Cest ainsi quau début des
années 20, Tomás Bullón García, fils de José, découvrit lentrée actuelle de
la grotte, et accomplit un travail daménagement important afin den permettre
la visite.
En 1933, il découvrit les "Galeries Nouvelles" dans
lesquelles furent trouvés quatre squelettes humains, puis, quelques années plus tard il
explora le grand gouffre terminal profond de 72 mètres au fond duquel fut trouvé un
cinquième squelette. |
On recense
à La Pileta près de quatre cents peintures et gravures, attribuées pour les plus
anciennes au Paléolithique Supérieur, et pour les dessins schématiques les plus
récents. au II ème Millénaire avant notre Ere. On y trouve à la fois des dessins
réalistes et naturalistes d'animaux tels que des capridés. des chevaux, des cervidés,
des bovidés, des poissons, des figurations humaines ou des dessins dantropomorphes
et des dessins schématiques, abstractions géométriques telles que des serpentiformes,
des méandres, des spirales.
On relève trois couleurs différentes, des peintures jaunes, allant du
brun foncé (les plus anciennes sans doute) à locre clair (les plus récentes),
exécutées principalament avec les doigts enduits dargile, des peintures rouges
allant du rouge foncé au rouge saumon, des peintures noires aux traits parfois épais et
baveux, parfois fins et déliés appartenant au Magdalénien final (foyers dans la
"Galerie du Lac" dont les charbons ont été datés de 8300 ans avant notre
Ere).
Lart pariétal de La Pileta présente des analogies avec les
plaquettes gravées solutréennes du Parpallo (province de Valence), et, dans ses phases
les plus tardives, nest pas sans évoquer lart du Levante espagnol.
Retenons les secteurs de la grotte les plus spectaculaires et les plus
riches.
La première grande salle dénommée "Galerie du Castillo", longue dune
quarantaine de métres sur quinze mètres de large et quinze mètres de haut, est celle
qui se prêtait le mieux à lhabitat car la température y est constante. Elle
était jonchée dune grande quantité de débris de céramique noire, grossière,
non décorée. Sur les parois, on trouve en différents endroits, des gravures, des traces
de peinture tantôt ocre, tantôt rouge, souvent délavées, et surtout visibles par temps
humide.
Après un diverticule dont les parois sont marquées de nombreux traits
noirs parfois recouverts dune épaisse pellicule de calcite, de nombreuses griffades
dours, on pénètre dans la grande Nef Centrale. Longue de soixante mètres environ,
dune élévation dune quinzaine de mètres, cette salle est décorée de très
belles draperies, magnifiques concrétions. On y trouve des spirales rouges parfois
recouvertes de calcite, des signes schématiques, lebauche dun capridé et des
griffades dours.
Un peu plus loin, à droite, une petite salle dénommée "le
Salon" est décorée de dessins intéressants parmi lesquels on remarque un renne, un
cerf, un éléphant du quatenaire de plus de deux mètres, un cheval jaune, un capridé
noir et de nombreuses représentations schématiques.
Toujours plus profond, à droite de la Grande Nef centrale, dans la
Salle baptisée "Galerie des Chévres", on notera une chèvre ibérique et un
cheval de facture particuliérement réussie.
Plus profond encore, on remarquera dans la "Galerie aux
tortues", long couloir humide dune trentaine de mètres, outre de nombreux
tracés (chevaux, antropomorphes, poissons), deux dessins plus ou moins ovalaires cernés
de courtes ponctuations et enserrant des traits géminés. Une explication simple, en
harmonie avec léconomie chasseresse du monde Magdalénien peut être avancée. Ne
serait-ce pas la représentation graphique denclos á gibier? Les ponctuations
géminées seraient les traces des sabots bifides des animaux enfermés, les appendices
latéraux aux traits doubles, la représentation des couloirs étroits pour laisser sortir
une à une les bêtes encagées.
Revenant sur nos pas, nous franchirons le "passage des
Termopiles" après avoir vu, sur la droite, une intéressante représentation de
cheval ocre-rouge.
Nous pénètrons alors dans le "Sanctuaire", véritable coeur
de la caverne, couloir bas et inconfortable long de quinze mètres environ, haut et large
de deux mètres environ. De lensemble des chevaux et des bovidés dispersés au sein
de motifs étonnamment variés, serpentiformes, ponctuations, simpose une jument
gravide d'une longueur de 70cm. Sa croupe affleure un contour rocheux dont elle
épouse la forme. Lanimal, mis an valeur par léclairage de la lampe à
acétylène, semble surgir dune "bouche dombre". Ne serait ce pas
là, graphiquement conté, une véritable genèse de lAnimal, la jument sortant de
la matrice originelle, des profundeurs chtoniennes, un thème fondamental que lon
retrouve à Tito Bustillo, à Elkaïn, à Rouffignac ou encore à Lascaux.
Quittant le Sanctuaire, on se dirige vers la "Galerie du Lac"
longue dune trentaine de mètres, haute dune a quinzaine de mètres, ornée de
très belles draperies roses et de concrétions en forme doreilles déléphant
se reflétant dans les eaux du Lac.
Sur la gauche, à lendroit dénommé "Tribune du Lac",
on pourra admirer plusieurs bouquetins parmi lesquels le "bouquetin au hublot"
savère tout à fait remarquable de par le choix de lemplacement où le dessin
a été exécuté. Ce bouquetin apparaît, dessiné en noir à travers un hublot naturel
de quatre vingt centimètres de diamètre environ, percé dans une draperie verticale. Nul
doute que leffet scénique na pas échappé au Magdalénien, et que le choix
de cet endroit nest pas dû au hasard. Ici, le choix de Iemplacement importe
plus que le motif animalier lui-même. Les graphies de la Préhistoire doivent être
étudiées en tenant grand compte de leur environnement, de Ieur cadre.
Au delà, aprés avoir dépassé sur la gauche l'entrée du
"diverticule des poissons", et parcouru les "Galeries de la Reina
Maure" ainsi dénommée par l'évocation d'un lit à baldaquin suggéré par les
concrétions, on parvient à la "Salle du Poisson" qui doit son nom à un
magnifique poisson peint en noir, dun métre cinquante de long, au corps large, qui
pourrait être un "Pleuronecte", sorte de flétan. Au centre du poisson,
légèrement incliné vers la gauche, on voit la représentation dun phoque. Ce
poisson de qualité graphique exceptionnelle est dessiné à proximité dune petite
vasque naturelle. Ce nest sans doute pas un hasard...
Une visite approfondie de la grotte permettrait de voir, dispersés
dans les galeries, nombre de dessins plus tardifs stylisées, oiseaux, antropomorphes
parmi lesquels on distingue un archer, des signes en forme de peigne qui pourraient bien
être des stylisations de bouquetins ou de troupeaux.
La grotte de la Pileta est une des grottes fondamentales où
coexistent, à la fois le style franco-hispanique dorigine, dinfluence et de
tradition périgordienne avec des détails typiquement dessence méditerranéenne
comme par exemple les serpentins rouges, le style Levante tardif avec ses archers, une
stylisation dynamique et le style schématique. Par la richesse et la variété de son art
du Paléolithique Supérieur, elle mérite de compter parmi les grands sanctuaires de la
Préhistoire. |